Depuis le 1er janvier 2026, les plafonds de la micro-entreprise ont été revus à la hausse. Une bonne nouvelle pour les auto-entrepreneurs en croissance — mais qui mérite d'être lue avec précision, parce que l'augmentation des seuils crée aussi de nouvelles zones de risque.

Voici ce qui change, ce que ça signifie concrètement, et surtout : quand le régime micro devient moins intéressant qu'un passage en société.

Les nouveaux plafonds 2026

Au 1er janvier 2026, les seuils de chiffre d'affaires annuel hors taxes sont les suivants :

Type d'activité
Plafond CA HT 2026
Vente de marchandises, fourniture de logement
203 100 €
Prestations de services (BIC), professions libérales (BNC)
83 600 €
Activité mixte — part services plafonnée à
83 600 €

Ce sont des augmentations d'environ 7 à 8 % par rapport aux plafonds 2025 (respectivement 188 700 € et 77 700 €), indexées sur l'inflation.

Attention au seuil de TVA, qui ne bouge pas. Le seuil de franchise en base de TVA reste à 85 000 € pour les activités commerciales et d'hébergement, et à 37 500 € pour les prestations de services. Si vous dépassez ces seuils, vous devenez assujetti à la TVA — même si vous restez en dessous des plafonds du régime micro. La TVA et le régime fiscal sont deux choses distinctes.

Le piège de la TVA pour les prestataires de services

Si vous êtes prestataire de services et que votre CA dépasse 37 500 €, vous devez facturer la TVA à vos clients — même sous le plafond micro de 83 600 €. Pour vos clients professionnels qui récupèrent la TVA, ça ne change rien. Pour vos clients particuliers, ça renchérit votre prestation de 20 %.

C'est souvent ce moment — pas le dépassement du plafond micro — qui déclenche la réflexion sur un changement de structure.

37 500 €
C'est le seuil de franchise TVA pour les prestations de services depuis 2025 — bien en dessous du plafond micro de 83 600 €. Beaucoup d'auto-entrepreneurs l'atteignent avant de frôler le plafond de CA, et deviennent assujettis à la TVA sans le voir venir.

L'abattement forfaitaire micro : à partir de quand c'est moins avantageux

Le régime micro applique un abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires pour calculer le bénéfice imposable :

Type d'activité
Abattement forfaitaire
Vente de marchandises
71 %
Prestations de services (BIC)
50 %
Professions libérales (BNC)
34 %

Cet abattement est censé représenter vos charges. Si vos charges réelles sont inférieures à ce pourcentage, le régime micro vous avantage. Si vos charges réelles sont supérieures — ce qui arrive dès que vous sous-traitez, achetez du matériel coûteux, ou payez un loyer de bureau — vous payez des impôts sur un bénéfice fictif.

J'ai vu des free-lances en micro-entreprise payer de l'impôt sur un bénéfice de 66 % de leur CA alors que leurs charges réelles représentaient 80 %. Au régime réel, leur impôt aurait été deux fois moins élevé.

En pratique, le point de bascule pour les prestataires de services (abattement 50 %) se situe souvent autour de 50 000 à 60 000 € de bénéfice net réel. Au-delà, le passage à l'IS via une SASU ou une EURL permet de ne payer l'impôt qu'au taux de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice — contre votre tranche marginale d'IR en micro.

L'ACRE réduit à 25 % depuis juillet 2026

Depuis le 1er juillet 2026, le taux d'exonération de l'ACRE — l'aide à la création ou reprise d'entreprise — est réduit de 50 % à 25 % pour les nouvelles micro-entreprises. Cette aide, qui permettait de réduire les cotisations sociales la première année, perd donc une bonne part de son intérêt.

Si vous avez créé votre micro-entreprise avant juillet 2026, votre ACRE n'est pas affectée. Si vous créez une activité maintenant ou dans les prochains mois, la réduction de l'ACRE rend la comparaison avec une structure en société encore plus favorable qu'avant pour certains profils.

EURL ou SASU — laquelle choisir ?

EURL
SASU
Gérant TNS (travailleur non salarié)
Président assimilé salarié
Cotisations sociales ≈ 45 % du salaire net
Cotisations sociales ≈ 65 % du salaire brut — mais protection étendue
Pas de cotisations sur dividendes (jusqu'à 10 % du capital)
Pas de cotisations sur dividendes
Accès à la retraite TNS — souvent sous-protégée
Accès à la retraite cadre (Agirc-Arrco)
Régime fiscal : IR par défaut (option IS possible)
Régime fiscal : IS par défaut
Comptabilité allégée possible au réel simplifié
Obligations comptables identiques à une SA
Mieux adaptée si faibles besoins de protection sociale
Mieux adaptée si souhait de cotiser comme salarié ou lever des fonds
Pour un free-lance solo qui veut avant tout optimiser ses charges et dont les besoins de protection sociale sont couverts par ailleurs (conjoint salarié, par exemple), l'EURL à l'IS est souvent la structure la plus légère à gérer. La SASU est plus adaptée si vous envisagez de vous associer, de lever des fonds, ou si la protection sociale cadre vous importe.

Les signaux qui indiquent qu'il est temps de passer en société

Quand la question du changement de structure se pose sérieusement
  • Votre CA est régulièrement au-dessus de 50 000 € (prestations) ou 100 000 € (vente)
  • Vos charges réelles dépassent 34 à 50 % de votre CA — l'abattement forfaitaire ne reflète plus la réalité
  • Vous avez dépassé le seuil de franchise TVA (37 500 € services ou 85 000 € vente)
  • Vous réinvestissez une partie significative de vos bénéfices dans l'activité plutôt que de tout distribuer
  • Vous souhaitez vous associer ou accueillir un investisseur dans votre structure
  • Votre protection sociale TNS est insuffisante par rapport à vos besoins (arrêt maladie, retraite)

Si plusieurs de ces points vous correspondent, il vaut la peine de simuler les deux régimes avec votre expert-comptable avant la clôture de l'exercice en cours. Le passage en société ne se fait pas à n'importe quel moment — et ses effets sur la trésorerie immédiate (apport de capital, frais de création, comptabilité plus formelle) méritent d'être anticipés.

À retenir
Les nouveaux seuils 2026 (203 100 € en vente, 83 600 € en services) permettent à plus d'auto-entrepreneurs de rester sous le régime micro. Mais le seuil de TVA (37 500 € services) reste inchangé et s'atteint bien avant le plafond CA. La vraie question n'est pas "est-ce que je dépasse le seuil ?" mais "est-ce que l'abattement forfaitaire micro correspond encore à ma réalité ?" À partir de 50 000 € de bénéfice net réel, la simulation SASU/EURL à l'IS mérite d'être faite.